Jour de Malheur / 2e album

"On pourrait être surpris qu’un « reste à terre » de mon acabit prenne la plume pour célébrer les mérites de La Bricole, trio accoutumé à nous chanter voyages et campagnes au long cours. Ce serait oublier l’attrait qu’ont pour les plus casaniers d’entre nous les « chansons pour l’aventure immobile » comme en écrivit Pierre Mac Orlan, lui qui nous raconte Tampico sans y être jamais allé. Assis dans notre fauteuil, les couplets de La Bricole nous embarquent pour de nouvelles équipées, de l’Islande à l’Algérie, héroïques ou tragiques, plaisantes ou douloureuses. Le port d’attache demeure Boulogne, d’où l’on part pour y revenir, peut-être.

Et puis un autre intérêt commun nous rassemble : les cahiers de chansons. Œuvres de marins, de militaires, rehaussés de drapeaux, ou de jeunes filles dévêtues coloriées après décalque soigneux et déshabillage en règle, leur silence obstiné titille le chanteur. Il ne sert à rien d’entasser des 78 tours si l’on n’a pas à proximité le gramophone ad hoc : il faut toujours conserver un appareil lecteur pour garantir l’intérêt des supports enregistrés surannés. Quel serait donc l’engin mystérieux redonnant vie et son à ces cahiers muets ? Le talent d’un chanteur, l’expérience et l’imagination des instrumentistes pour retrouver la mélodie perdue, la repeindre de couleurs nouvelles. Rien de plus. Faites confiance à La Bricole.

Enfin, n’oublions jamais cette étonnante aptitude narrative de la chanson, la vraie, pour conter en détail les nouvelles du jour, des plus amusantes aux plus dramatiques. La compétition entre Blériot et Latham, le naufrage de la Ville-du-Havre, les exploits des petites frappes boulonnaises, tout fait chanson. Ainsi, un concert de La Bricole, véritable journal chanté, vous entretient de l’actualité d’ici ou d’ailleurs, des destinées étonnantes d’un bagnard ou de la fille à Pothio, et vous invite à boire à leur santé. Chanter donne soif, c’est bien le seul défaut de l’entreprise."

 

J.F. « Maxou » HEINTZEN
Féru en ballades tragiques & chansons de papier

Les Chansons

Jour de Malheur
Du cahier d’Auguste Fournier, matelot étaplois né en 1885. Dans son cahier, la chanson est intitulée « Vengeance au Fayot », il la copie en rade de Tanger le 5 Mai 1907 à bord de la Jeanne d’Arc, qui était à l’époque le plus grand navire de la marine française : 145 mètres et un équipage de 650 hommes. Notre quatrième couplet est une adaptation des couplets 4, 5 et 6 du document. L’air a été chanté par Madame Lebas à Étaples en 1994.

 

Jour de malheur quand vingt ans se déclarent,
Qu’il faut quitter pour quatre ans son pays !
Il faut partir car la Loi nous réclame,
Croyez-le bien je vous quitte à regrets,
Mais dans mon cœur je garde souvenance
De ce jour-ci où il faut nous quitter.
Ah quel-le jour, pour moi quelle souffrance
D’abandonner celle que j’adorais !

Adieu parents, adieu chers camarades,
Et toi, amie, que je m’en vais quitter.
Mais je prends courage pour quatre ans de souffrance,
Le temps passera comme il a déjà fait !
Et dans mon cœur je garde souvenance
De ces jours où on était si heureux.
Ah quelle joie, le jour de ma délivrance,
D’aller revoir celle que j’adorais !

 

La dernière heure pour moi se prépare,
Lorsque le fourrier est venu me demander :
« Vous signerez, mais disez-moi, mon brave,
Encore trois ans et faites un autre congé ! »
Mais, si heureux de voir ma délivrance :
« Partez donc vite, ne me faites pas pleurer !
-Mais donnez-moi ce que je vous réclame,
Ma feuille de route, que je parte en congé ! »

Adieu ciel bleu, adieu maudit service,
Adieu ferraille et tous vos retranchements,
Croyez-le bien c’était un vrai supplice
De voir brûler le feu de mes vingt ans
Si ça vous plait d’être dans l’esclavage
Laissez les autres aimer la liberté,
Adieu fayots, adieu vieilles gourganes,
Je vais revoir celle que j’adorais !

Le Rêve du Marin
Cette chanson vient aussi du cahier d’Auguste Fournier. Il la copie le 1er jour de l’année 1907, à Toulon. On comprend que le contenu de ce genre de cahier n’ait pas été du goût de la hiérarchie (voir également, du même cahier, la chanson « les punis » de notre premier album). L’air a été rapporté par Madame Hagneré, de Berck, avec ce commentaire : « C’était la chanson de ma mère ».

Bien loin de toi, ma belle et chère France,
Je suis marin, je rêve la liberté.
J’ai dans le cœur la haine et la vengeance
Car pour cinq ans je viens de m’enchaîner.
C’est un tombeau que notre République
A fait ouvrir, pour un cœur de vingt ans,
De m’envoyer souffrir en Martinique
Où chaque jour je dis en sanglotant :

J’ai dans le cœur une douleur extrême,
Mes plus beaux jours, je devais les revoir,
Mes chers parents, ma fiancée que j’aime,
Je dis adieu, car je n’ai plus d’espoir.

Dans un cachot doit s’écouler ma vie,
D’un quart de pain je dois me contenter.
Les fers aux pieds, la chair en est meurtrie
Et quatre planches servent à m’abriter.
Gardé à vue par des fayots farouches
En espérant mon dernier jugement :
C’est les Travaux, ou les douze cartouches,
Car de mourir j’en ai fait le serment.

 

 

J’ai dans le cœur une douleur extrême,
Mes plus beaux jours, je devais les revoir,
Mes chers parents, ma fiancée que j’aime,
Je dis adieu, car je n’ai plus d’espoir.

Mais tout à coup j’ai le cœur qui se grise
Car on vient de m’apprendre mon acquittement.
Pour mes parents, grand Dieu, quelle surprise !
Ma fiancée n’aura plus de tourment.
Sur un voilier vers la France on m’emmène,
Je dis adieu à tous ces vieux fayots ;
Des relégués de la terre martiniquaine,
J’en garderai toujours le souvenir.

 

La Fille à Pothio
En 1891, un fait divers tint en haleine les lecteurs du Nord Maritime. Une petite bande du quartier de la Beurière menait la grande vie, suite au larçin opéré par Eugénie Delporte, dite fille à Pothio, prostituée boulonnaise, sur un client. Dans un premier temps, l’opinion pensa qu’un malheureux marin était la victime, ce qui fait penser aux chansons d’outre manche comme Maggie May. Mais l’enquête révèlera qu’il s’agissait d’un notable, qui ne souhaitait, évidemment, pas voir l’affaire dévoilée… Le Nord Maritime publie en janvier 1891 le premier couplet et le refrain, sans la musique malheureusement, d’une chanson créée par le chansonnier dunkerquois Hippolyte Bertrand autour de cette aventure. N’ayant pas la possibilité de la reconstituer, nous ressuscitons cette chanson avec une nouvelle musique et deux autres couplets.

Revenant de son voyage qu’elle venait de faire à Bordeaux
Avec elle tout l’équipage avait rigolé comme il faut
Car à chaque matelot elle montrait ses sabots,
Ils avaient de l’agrément à la faire sauter tout le temps.

C’est la fille à Pothio qui revient de Bordeaux
Elle a tombé à l’eau, c’est rigolo, c’est rigolo.

Et les goniews de la ville disaient « qu’o t’c’est de cte file ?
Elle avot rin que des loques, là vlà qui n’a plein ses poques !
À mn’idée qu’un pauv matlot s’a fait vider sin paletot
È sra mieux sous les verrous avec es bande ed voyous. »

Mais le juge a répondu « C’est pas les sous d’un matelot,
C’est un milord bien dodu qui voulait le long de l’eau
Se payer incognito la jolie fille à Pothio. »

 

 

En Algérie
Cette chanson vient d’un cahier écrit à bord du torpilleur le Frondeur  en 1931. Les paroles, encore plus explicites que celles du carnet d’Auguste Fournier, ne devaient pas être chantées devant les supérieurs (« je maudis votre infâme patrie ! »). L’air a été chanté par Madame Lebas en 1994, elle le tenait de son père Émile Lamour, qui chantait cette chanson à Étaples dans les années 1920. Cette mélodie a été créée par Henri Christiné en 1906, pour la chanson À ta porte.

Tu me demandes, maman,
De te dire comment
Je porte la capote grise…
Afin de te rassurer
Je vais te l’expliquer :
Non, je n’ai commis aucune bêtise.
Tu te souviens pourtant,
Lorsque je suis parti
Tu m’as dit : « Ne fais pas de folie. »
Je t’écris aujourd’hui
Du fond de mon gourbi,
Je suis en Algérie.

C’est un soir vers minuit
En chassant mon ennui
Que j’vis une jolie midinette.
Et pour la première fois
Je sentis mon émoi
Car elle était jeune et coquette !
Je n’voyais que ses yeux,
Jolis, couleur des cieux :
J’ai juré d’l’aimer pour la vie.
C’est pour elle désormais
Que je suis à jamais
Au fond de l’Algérie.

V’là qu’un jour le sergent
Sentit battre son cœur
Une fois qu’il me vit avec elle.
Y s’prit à m’en vouloir
Et sur moi fit pleuvoir
Toute sa haine, et comme rebelle
Y m’fit mettre en prison :
J’en perdis la raison,
Si bien qu’un soir dans ma folie
J’ai frappé le gradé
Et je fus exilé
Au bagne en Algérie.



 

Si parfois au pays
De honte tu rougis,
Tu leur raconteras mon histoire :
J’ai jamais volé,
Encore moins assassiné
Mais de la Marine j’suis la victime.
Quand je casse mes cailloux
Chaque soir à genoux,
Je maudis votre infâme patrie :
C’est pour elle à présent
Que je suis dans le tourment
Ici en Algérie.

Reçois ma chère maman
Les baisers de ton enfant,
De celui qui t’a fait tant de peine :
Ils me font tant souffrir
Que je me sens mourir…
Adieu maman chérie.


 

 

Trois Princesses
Une chanson du cahier de Madame Ledoux, chantée par sa fille Madame Bigot. Une autre façon d’évoquer la Loi qui envoie les jeunes hommes à la guerre.

Derrière  chez mon père
Vole, vole mon cœur vole
Derrière chez mon père
Y a-t-un pommier doux
Tout doux et-you, tout doux et-you,
Y a t’un pommier doux

Trois jeunes princesses
Vole, vole mon cœur vole
Trois jeunes princesses
Sont couchées dessous
Tout doux et-you, tout doux et-you,
Sont couchées dessous

Ça, dit la première
Vole, vole mon cœur vole
Ça, dit la première
Je crois qu’il fait jour
Tout doux et-you, tout doux et-you,
Je crois qu’il fait jour

 

Ça, dit la seconde
Vole, vole mon cœur vole
Ça, dit la seconde
J’entends le tambour
Tout doux et-you, tout doux et-you,
J’entends le tambour

Ça, dit la troisième
Vole, vole mon cœur vole
Ça, dit la troisième
C’est mon ami doux
Tout doux et-you, tout doux et-you,
C’est mon ami doux

Qui part sur la mer
Vole, vole mon cœur vole
Qui part sur la mer
Combattre pour nous
Tout doux et-you, tout doux et-you,
Combattre pour nous


 

 

La Traversée de la Manche
Cette chanson vient du cahier d’un calaisien anonyme. Elle a été rapportée par Madame Pecqueux, de Fiennes. Elle-même la tenait de sa mère, Valentine Papegay-Regnier, dite Titine, d’Hydrequent. Le petit-fils s’est présenté à nous lors des Fêtes de la Mer de Boulogne en 2019, nous serions ravis d’entendre l’enregistrement dont il nous a parlé ! Nous n’avons pas pris son contact…

Nous savons tous que le paradis
Est gardé par le vieux Saint Pierre.
Comme il ne touche pas un radis
Il est toujours d’humeur guerrière.
Jugez de son étonnement
Quand il apprit par Saint Sylvère
Qu’au moyen de son monoplan
Latham irait en Angleterre !

Il prit au fond de son tiroir
Pour regarder, sa longue-vue :
Malgré qu’il faisait un peu noir
Il vit Latham tout près des nues.
Ah bon, dit-il, ça c’est trop fort,
Il va venir dans mes nuages !
Il ferait mieux d’attendre d’être mort
Pour entreprendre ce long voyage.

J’m’en va prévenir le Bon Dieu :
Grand Saint Thomas, garde la porte !
C’est entendu, vas-y le vieux !
Lui répond l’autre d’une voix forte.
Saint Pierre revient l’air tout content,
Il met en marche la machine :
Il a reçu l’ordre de faire du vent
Et de faire pleuvoir sur notre échine.

 

Cela dura pendant huit jours :
Toujours du vent et de la tempête,
Tout le monde allait faire un tour
Afin de voir partir l’Antoinette.
Mais un matin que Saint Pierre dormait
Latham profite et se dépêche,
Pour traverser le Pas-de-Calais
Il démarra comme une flèche.

Le moteur s’arrête soudain,
Latham s’écrie : « cré d’une trompette !
J’aimerais bien ne pas prendre de bain,
Il y a trop d’eau dans la cuvette.
Mes vingt-cinq mille francs sont fichus,
Levavasseur va faire une tête !
Ma foi, puisque je suis dans le jus
J’m’en vas fumer une cigarette.

Messieurs, apprenez par ceci
Qu’il faut pas oublier Saint Pierre
Et que si Blériot a réussi
C’est parce qu’il a fait une prière.
Si vous comptez monoplaner
Adressez-lui tous vos hommages,
Vous serez sûrs de terminer
Sans accident ce long voyage.

 

À Bord d'un Vieux Trois-Mâts
Pour cette chanson, nous n’avons hélas pas beaucoup d’indications. Michel Lefèvre, dans Chants de Marins de la Côte d’Opale, donne une copie de l’original, fait à Oran le 5 mai 1859 par l’infirmier Etienne, 1er soldat. Nous ne savons pas d’où vient la mélodie proposée.

À bord d’un vieux trois-mâts qui venait des Antilles
J’ai vu dans l’entrepont comme un spectre passer.
C’était un pauvre enfant sans appui, sans famille
Que le destin cruel chassait de son foyer,

Et pourtant sur la terre il avait une mère
Que tout bas il pleurait, et malgré sa misère
Au Ciel il adressait pour elle une prière - une prière.

À bord du vieux trois-mâts, au milieu de l’orage
À l’ombre sur le pont il n’osait respirer,
Quand le ciel était pur, brillant et sans nuage,
Malheur au pauvre enfant s’il osait se montrer,

Et pourtant sur la terre il avait une mère
Que tout bas il pleurait, et malgré sa misère
Au Ciel il adressait pour elle une prière - une prière.

Dans le cœur d’un ami pouvait-il trouver grâce,
Lui qui jamais du ciel ne voyait la clarté ?
À bord du vieux trois-mâts le sort marquait sa place,
Il devait y mourir sans être regretté,

Et pourtant sur la terre il avait une mère
Que tout bas il pleurait, et malgré sa misère
Au Ciel il adressait pour elle une prière - une prière.


 

 

Le Naufrage de la Ville-du-Havre
Ce drame survenu le 21 novembre 1873 a causé la mort de 113 passagers et 113 hommes d’équipage. Le transatlantique était parti de New-York le 15 : il est abordé accidentellement par un grand trois-mâts britannique, le Loch Earn, sa coque est enfoncée jusqu’au milieu de la salle des machines. Il coule en moins de dix minutes. Les survivants sont embarqués à bord du Trimountain, trois-mâts américain en route pour Cardiff passant heureusement par-là. Le Loch Earn lui-même, gravement endommagé,  sombre quelques jours plus tard. Le désastre est annoncé le 2 décembre en France, où le navire était attendu depuis le 25 novembre. Cette chanson vient du cahier de Marguerite Painset, du Portel. Elle a été copiée en 1887.

C’était un soir, vers la terre de France
Glissait, léger, le navire joyeux,
Les passagers, le cœur plein d’espérance,
À l’Amérique adressaient leurs adieux.
Tout reposait, au loin la nuit sereine
Calme, dormait sur la plaine des flots,
Seule, parfois, la voix du capitaine
Au banc de quart hélait les matelots (bis).

Soudain, dans l’ombre, un choc épouvantable
Brise les flancs du navire joyeux.
Un cri s’élève, horrible et lamentable,
Tout est perdu, France, adieu pour jamais.
Et sur le pont, chacun court et s’agite,
Les mâts brisés tombent avec fracas,
De tous côtés les flots se précipitent
Et sans pitié répandent le trépas (bis).




 

« Debout, debout, criait le capitaine,
À moi marins, amenez les canots ! »
Hélas, la mort venait, prompte et certaine,
Quel désespoir, quels funèbres sanglots
Quand tout à coup s’en allaient disparaître
Ces malheureux dans les sombres remous !
Soyez bénis, disait la voix du prêtre,
Dieu, mes amis, aura pitié de nous  (bis) !

La mer roulait, emportant ses victimes
Se débattant dans un suprême effort,
Et lentement se fermaient les abîmes
Où l’homme, hélas, ne trouvait que la mort.
En vain l’enfant tend les bras à sa mère,
En vain la mère appelle son enfant.
Il faut mourir, mourir loin de la terre
Et le tombeau s’appelle l’Océan (bis).



 

Dins l’Burière
Cette chanson reprend l’air de Un de la Canebière, chanson à la gloire de Marseille créée en 1935 par René Sarvil et Vincent Scotto. La Beurière était le quartier des marins de Boulogne, agrippé à la falaise. Au XIXème, ce quartier connut un grand essor démographique. La population s’entassait dans un dédale de rues, d’impasses, de cours resserrées, escarpées, tortueuses qui grimpaient en pente raide sur la falaise. Mais de mai 1940 à fin 1944, Boulogne a subi 487 bombardements. Ce quartier, donnant directement sur la mer, en a particulièrement souffert. À la fin de la guerre, il était totalement rasé. La population maritime boulonnaise a perdu avec ces bombardements son foyer, et fut relogée dans des baraquements, les « cités provisoires » du Chemin Vert. Il reste aujourd’hui un petit musée, la Maison de la Beurière, rue du Mâchicoulis, dans une maison épargnée et ouverte au public grâce au travail de mémoire de Stéphane Thiriat, Jean-Pierre Ramet et les autres passionnés des « Soleils Boulonnais », le groupe folklorique de Boulogne.

 

On connaît Tit Louis
Ed Boulonne au Porté
Et Tit Louis ch’est mi,
Sus bin forçaïe de m’présenter.
Comme os povez pon m’voir,
Y’a pon d’télévision,
Os vous contintrez c’soir
À vos postes d’écouter m’canchon.

Ej sus naïe dins l’quartier d’Saint Pierre,
Dins l’bubu, dins l’bubu, dins l’Burière,
Tout partout elle est populaire,
Nos bubu, nos belle Burière,
Du quai Gambetta à l’rue d’l’Alma,
De l’rue de l’Glacière à Montataire,
Tout partout elle est populaire,
Nos bubu, nos bubu, nos Burière.

Y en a qui viennent au monde
Dins des chous d’Saint Valry,
Dins des citroules bin rondes
Ou dins des fleurs ed pissenlit,
Je ne sais pon si c’est vraïe,
Paraît qu’j’étos bélot,
Mais mi on m’a trouvaïe
Tout au fond d’eune botte ed matlot.

On venons au monde à nos manières
Dins l’bubu, dins l’bubu, dins l’Burière.
Comme gigot, on minge du tien d’mer
Dins l’bubu dins nos Burière
Oui mais malgré ça on a d’l’estomac,
On zavons pon les bras à l’invers
Les flemmards y sont pon nos frères
Dins l’bubu, dins l’bubu, dins l’Burière.



 

Tout margat j’aimos l’mer,
Ej voulos m’imbarquer,
J’jouos l’farce à grand-mère,
Sur les quais j’m’in allos choler,
J’ravisos ches batiaws,
Ej les maquos des yus,
Ej n’in sintos plus m’piaw
Si bien qu’souvint j’tombos dins l’jus

Mais j’vous  parle de l’Burière,
Os n’savez pon c’que c’est.
Ch’est l’plus biau coin de l’terre,
Ch’est là qu’on parle el vrai Français.
L’air elle est bien plus pure
Qu’in Suisse pindant l’hiver,
Et mi pour faire em cure
J’arnif les égouts du calvaire,

Et on sommes tous comme cha à Saint-Pierre,
Dins l’bubu, dins l’bubu, dins l’Burière
On zavons tous du sang d’corsaire
Dins l’bubu, dins nos Burière
Pour nous un batiew ch’est miux qu’un gatiew,
On voudrot même pon vnir miyonnaire
Un matlot y n’aime que s’mère
Et s’bubu, et s’bubu, et s’Burière.



 

 

Vive le Vin
À défaut d’une authentique chanson à boire populaire, en voici un pastiche, du compositeur Pierre-Alexandre Monsigny, né à Fauquembergues en 1729 sur des paroles d’un certain Sedaine. Elle a été publiée à Genève en 1785 dans Nouveau recueil de chansons choisies. Pierre-Alexandre Monsigny est considéré comme l’un des précurseurs du genre Opéra comique.

Vive le Vin, vive l’Amour,
Amant et buveur tour à tour
Je nargue la mélancolie.
Jamais les peines de la vie
Ne m’ont causé quelque souci :
Avec l’amour je les change en plaisirs,
Avec le vin je les oublie.

Soupirai-je pour un tendron,
Je me munis d’un bon flacon,
Je vole aux pieds de ma maîtresse.
Elle s’oppose à ma sagesse,
Au flacon j’ai alors recours
Avec le vin, je triomphe. L’amour :
Voilà le nœud de la tendresse.

Lise est sensible à mon ardeur,
Ce serait trop peu pour mon cœur
Si je n’y vois que la bouteille.
Avec Lise assise sous la treille,
Je partage ses trésors
Si le vin de la belle m’endort
Avec l’amour elle me réveille.

 

Polka Les Eperlecques
Cette polka a été composée par Adolphe et Louis Patoux, musiciens nés à Desvres au début du XXème siècle, héritiers d’une tradition de musiciens de bal dans le Boulonnais. Ils jouaient dans les bals et fêtes avec leur père dès leur plus jeune âge, avant de se fixer après la seconde guerre mondiale, et de constituer l’orchestre du Faisan Doré, à Courset.

 

C’est dans la Ville de Bordeaux
Chanson bien connue ailleurs, en Normandie comme en Bretagne. Cette version a été notée par le boulonnais Albert Leroy, pendant son service militaire, le 5 janvier 1946 à Fort Lamy.

C’est dans la ville de Bordeaux
Qu’est arrivé trois beaux vaisseaux
Les matelots qui sont dedans
Sont tous ma foi de bons enfants.

La femme du président d’Bordeaux
Fut amoureuse d’un matelot.
« Toi ma servante, va me chercher
Le matelot qui m’a charmée. »

Et la servante n’a point manqué,
Fit amener le matelot.
« Monte là-haut, c’est au premier
Que les actions vous les ferez. »

Et les actions ont bien duré
Trois jours, trois nuits sans les cesser.
Quatrième jour, bien fatigué
Le matelot veut s’en aller.

 

« Beau matelot, si tu t’en vas
Ne va pas dire du mal de moi !
Et tiens, voilà cent sous pour toi,
Tu reviendras une prochaine fois. »

Beau matelot sur son chemin
Y rencontra le président.
« Beau président, tu es cocu,
Le matelot a tes écus. »

« Beau matelot, répète encore,
Faudrait parler un peu plus fort !
- Beau président, il fait beau temps,
Nous allons mettre les voiles au vent. »

« Vive les femmes de Bordeaux
Qui paient à boire aux matelots. »

 
 

Donne un Zotch
Cette chanson du carnaval de Dunkerque a des origines floues, mais il est possible de les suivre en partie… Notre version est semblable à celle de l’enregistrement de Raoul de Godewaersvelde, alias Francis Delbarre. Les paroles ont été écrites par lui et son ami Henri Beaugrand, gardien de phare au Cap Griz-Nez, entre Boulogne et Calais de 1949 à 1981. Auparavant, elle était, avec des paroles et une musique sensiblement différentes, au répertoire du chansonnier dunkerquois Eugène Gervais, qui l’avait publiée en 1938  avec le sous-titre Chanson du Terroir, dans une version qui citait celle de son prédécesseur Hippolyte Bertrand, poète chansonnier dunkerquois lui aussi, décédé en 1902. Lui-même n’était pas toujours l’auteur de ses chansons…
Ce chemin a été débroussaillé par Christian Declerck, qui tient le site Mémoire du folk en Nord-Pas-De-Calais : merci !

Parti fin février, toutes voiles dehors
Contre vents et marées, cap au nord
Sur son solide trois-mâts pour pêcher la morue,
Au printemps, quand les glaces ont fondu,
Six mois s’étant passés dans l’attente depuis
On était sans nouvelle de lui,
Lorsque tôt ce matin, et par un vent d’aval
Il est apparu dans le chenal :

Donne un zotch à mon Oncle Cô
Qui nous revient d’Islande !
Y vient d’amarrer son bateau,
Faut pas le faire attendre !
Dans ses cales, plus de mille tonneaux
De poissons prêts à vendre,
Donne eune baisse y nous en fera cadeau,
De la bonne morue bien tendre !

Il a tant bourlingué sur tous les océans
Qu’y va mettre sac à terre maintenant,
Je sais bien qu’il n’a pas un très bon caractère,
Mais y a pas, y faudra bien se le faire…
Fini de naviguer, je lui ferai des petits plats,
D’autant plus que c’est lui qui paiera !
Ce sera la belle vie, y posera son magot,
Lui il aura sa pipe et son Perlot.




 

Donne un zotch à mon Oncle Cô
Qui nous revient d’Islande !
Y vient d’amarrer son bateau,
Faut pas le faire attendre !
Dans ses cales, plus de mille tonneaux
De poissons prêts à vendre,
Donne eune baisse y nous en fera cadeau,
De la bonne morue bien tendre !

Donne un zotch à mon Oncle Cô
Qui nous revient d’Islande !
Y vient d’amarrer son bateau,
Faut pas le faire attendre !
Dans ses cales, plus de mille tonneaux
De rascasses prêtes à prendre,
De son wamme t’aras un morciau
L’part la plus grande !




 

Partons la Mer est Belle
Cette chanson est connue sur toutes les côtes francophones. La mélodie chantée dans le Boulonnais est un peu différente de celle que l’on trouve au Québec par exemple.

Amis, partons sans bruit,
La pêche sera bonne :
La pleine lune donne
Jusqu’au bout de la nuit.
Je veux qu’avant l’aurore
Nous soyons de retour
Pour embrasser encore
L’objet de nos amours.

Partons, la mer est belle
Embarquons nous pêcheurs,
Guidons notre nacelle,
Ramons avec ardeur !
Au mât hissons les voiles,
Le ciel est pur et  beau,
Je vois briller l’étoile,
L’étoile du matelot.


 

Ainsi parlait mon père
Quand il quittait le port,
Il ne s’attendait guère
À y trouver la mort…
Par une nuit d’orage
Il fut surpris soudain
Et jeté au rivage
Par un fatal destin.

Je n’ai plus que ma mère
Qui ne possède rien,
Elle est dans la misère,
N’a que moi pour soutien.
Ramons, ramons bien vite,
Je l’aperçois là-bas,
Je veux courir bien vite
La prendre dans mes bras.

 

Par ici :

  • Facebook
  • YouTube

© Margaux Liénard 2020

L’album de La Bricole a été réalisé avec l'aide du ministère de la Culture et bénéficie du soutien financier de la Région Hauts-de-France